La chute du nombre d’étudiants internationaux au Canada commence à produire des conséquences très concrètes dans les établissements. Au Manitoba, Providence University College and Theological Seminary vient d’annoncer une nouvelle phase de restructuration comprenant des réductions de personnel et de budget de fonctionnement.
L’établissement relie directement ces mesures au nouvel environnement réglementaire canadien concernant les étudiants internationaux. Depuis 2024, ses inscriptions internationales ont chuté de 80 %, réduisant fortement les revenus tirés des frais de scolarité.
Providence constitue un cas particulièrement visible, mais le problème est beaucoup plus large. Les données nationales montrent désormais une forte baisse des inscriptions internationales dans les collèges et universités, tandis que plusieurs établissements réduisent leurs dépenses, restructurent leurs programmes ou ralentissent leurs recrutements.
À Providence, 80 % d’étudiants internationaux en moins depuis 2024
Providence, établissement privé situé à Otterburne au Manitoba, avait déjà annoncé des coupes budgétaires en mars 2026 en raison des restrictions fédérales affectant les étudiants étrangers.
À l’époque, l’université prévoyait une réduction d’environ 10 % de ses effectifs salariés et estimait que ses revenus associés aux étudiants internationaux pourraient diminuer d’environ 50 %.
La situation s’est depuis aggravée.
Dans une mise à jour publiée le 9 octobre, Providence indique que ses inscriptions internationales ont désormais chuté de 80 % depuis 2024.
De nouvelles réductions de personnel et du budget de fonctionnement sont entrées en vigueur le 30 septembre. Depuis mars, environ un quart de la main-d’œuvre de Providence a été touché par différents changements : licenciements, diminution du temps de travail, démissions ou départs à la retraite.
L’établissement affirme vouloir aligner ses coûts sur son niveau actuel d’inscriptions tout en maintenant ses programmes académiques essentiels.
Certains programmes ont déjà été suspendus
Les conséquences ne concernent pas seulement l’emploi.
Providence a notamment suspendu pour l’année 2026-2027 ses programmes undergraduate de TESOL et TTESOL, consacrés à l’enseignement de l’anglais aux locuteurs d’autres langues.
L’université indique explicitement que cette pause est liée aux restrictions fédérales actuelles sur l’entrée des étudiants internationaux au Canada.
D’autres restructurations de cours et de programmes avaient déjà été annoncées au printemps dans les domaines où les inscriptions avaient le plus diminué.
Providence assure néanmoins que les étudiants actuellement inscrits pourront continuer à suivre les cours et bénéficier des services nécessaires pour progresser vers l’obtention de leur diplôme.
Une baisse nationale de près de 29 % en deux ans
Le cas de Providence correspond à une tendance désormais visible dans les statistiques canadiennes.
Statistique Canada estime que le nombre d’étudiants internationaux à temps plein dans les établissements postsecondaires publics est passé d’environ 428 000 en 2023-2024 à près de 300 000 en 2025-2026.
Cela représente une baisse d’environ 29 % en deux ans.
Le recul est encore plus important dans les collèges : les effectifs internationaux à temps plein auraient diminué de 42 % depuis 2023-2024.
Dans les universités, la baisse est estimée à environ 17 % sur la même période.
Les étudiants de Bachelor et de Master sont particulièrement concernés, avec des baisses estimées à environ 18 % pour chacun de ces niveaux entre 2023-2024 et 2025-2026.
Pourquoi cette baisse fragilise-t-elle autant certains établissements ?
Les étudiants internationaux paient généralement des frais beaucoup plus élevés que les étudiants canadiens.
Pendant plusieurs années, ces revenus ont permis à de nombreux établissements de compenser partiellement la stagnation du financement public et l’augmentation des coûts de fonctionnement.
Lorsque les inscriptions internationales chutent rapidement, les établissements fortement dépendants de ces recettes peuvent donc perdre des millions de dollars en quelques mois.
Un rapport publié en 2026 par Universities Canada et CAUBO montre que les universités ont déjà commencé à réagir :
- 44 % des établissements interrogés avaient mis en place des gels budgétaires ;
- 44 % envisageaient ou appliquaient des restructurations pouvant entraîner des suppressions d’emplois ;
- 51 % imposaient des réductions différenciées entre facultés et services.
Le rapport avertit que ces mesures peuvent se traduire par des classes plus nombreuses, moins de choix de cours, des recrutements gelés et une réduction de certains services étudiants.
Les restrictions sur les permis d’études sont-elles seules responsables ?
Non.
Les difficultés financières du secteur postsecondaire canadien existaient avant les restrictions introduites depuis 2024.
Les universités font également face à :
- l’augmentation des salaires et des coûts de fonctionnement ;
- l’inflation ;
- le vieillissement des infrastructures ;
- un financement public qui n’a pas progressé au même rythme que leurs dépenses ;
- et une dépendance croissante aux frais de scolarité internationaux.
Mais la réduction du nombre de permis d’études a accéléré la crise dans les établissements dont le modèle financier reposait fortement sur les étudiants étrangers.
Toutes les universités canadiennes ne sont pas dans la même situation
Il faut éviter de généraliser.
Des universités comme l’University of British Columbia continuent par exemple d’afficher une situation financière relativement solide et ont réussi à stabiliser ou même augmenter certaines inscriptions malgré le contexte national.
D’autres établissements, en particulier ceux qui avaient connu une forte croissance grâce au recrutement international, sont beaucoup plus exposés.
La situation dépend notamment :
- de la proportion d’étudiants internationaux ;
- du niveau des frais qu’ils paient ;
- de la province ;
- du financement public reçu ;
- du type de programmes proposés ;
- et des réserves financières disponibles.
Quelles conséquences pour un étudiant international en 2027 ?
Pour un candidat préparant une admission au Canada, la situation actuelle ne signifie pas qu’il faut éviter l’ensemble des universités canadiennes.
Elle rend toutefois certaines vérifications beaucoup plus importantes qu’auparavant.
Avant d’accepter une offre, il est conseillé de vérifier :
- si le programme recrute toujours normalement pour 2027 ;
- si des suspensions ou restructurations récentes ont été annoncées ;
- si les cours obligatoires continueront à être proposés pendant toute la durée du diplôme ;
- si les frais de scolarité peuvent augmenter chaque année ;
- si une bourse est garantie pour toute la durée du programme ou seulement pour la première année ;
- et si l’établissement reste admissible au Post-Graduation Work Permit (PGWP) lorsque cette possibilité est importante pour le projet de l’étudiant.
Les frais vont-ils augmenter pour compenser ?
Une hausse généralisée et automatique des frais n’est pas annoncée au Canada.
Mais plusieurs universités disposent de davantage de flexibilité pour augmenter les droits facturés aux étudiants internationaux que ceux des étudiants canadiens.
UBC, par exemple, consulte actuellement ses étudiants sur des hausses proposées pour 2027-2028 allant jusqu’à 4 % pour certains nouveaux étudiants internationaux.
Dans d’autres établissements, la réponse peut plutôt passer par des réductions de dépenses, des suppressions de postes, des regroupements de programmes ou une stratégie visant à recruter davantage d’étudiants canadiens.
Il n’existe donc pas une conséquence unique de la crise.
Providence, un avertissement sur un modèle devenu fragile
Providence reste un établissement relativement petit et son cas ne peut pas être appliqué automatiquement à l’ensemble du système canadien.
Mais l’ampleur de sa baisse — 80 % d’inscriptions internationales en moins depuis 2024 — montre jusqu’où peut aller l’impact lorsque le recrutement étranger constituait une source importante de revenus.
Pour les futurs étudiants, l’enjeu n’est donc plus seulement de comparer les classements et les frais de scolarité. Il faut aussi regarder la stabilité du programme, les annonces budgétaires récentes et la capacité de l’établissement à maintenir ses services pendant toute la durée des études.
Sources
Providence University College — Restructuring with Hope for the Future
Providence — Budget cuts annoncées en mars 2026
Statistique Canada — Estimation des étudiants internationaux en 2025-2026





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