Le 25 octobre 2024, le gouvernement Ford annonce qu’à partir de l’automne 2026, « au moins 95% des places » en médecine en Ontario seront réservées aux résidents de la province, et le reste aux étudiants des autres provinces canadiennes. Il s’agit d’une interdiction de facto des étudiants étrangers dans les facultés de médecine ontariennes. Voici notre analyse de ce qui change, quelles facultés sont concernées et ce que cela signifie concrètement pour un étudiant étranger qui envisageait un MD au Canada.
Ce qui va changer à partir de l’automne 2026
L’annonce d’octobre 2024 s’inscrit dans une série de mesures pour « former plus de médecins de famille en Ontario » et élargir les bourses Learn and Stay. Le communiqué officiel précise que des « changements législatifs et réglementaires », à compter de l’automne 2026, obligeront toutes les facultés de médecine ontariennes réserver au minimum 95% de leurs admissions annuelles en MD à des personnes « ordinarily resident in Ontario », et consacrer les 5% restantes à des candidats qui sont citoyens canadiens, résidents permanents ou personnes protégées, qu’ils soient ou non résidents de l’Ontario au sens technique.
Quelles facultés de médecine en Otario sont concernées ?
Pour l’admission 2026, sept programmes MD financés par l’Ontario sont concernés :
| Faculté / École de médecine | Université | Localisation principale |
|---|---|---|
| Temerty Faculty of Medicine | University of Toronto | Toronto (St. George, Mississauga) |
| Michael G. DeGroote School of Medicine | McMaster University | Hamilton, Niagara, Waterloo |
| Schulich School of Medicine & Dentistry | Western University | London, Windsor |
| School of Medicine | Queen’s University | Kingston et campus Lakeridge Health |
| Faculty of Medicine (anglophone et francophone) | University of Ottawa | Ottawa |
| NOSM University (Northern Ontario School of Medicine University) | NOSM U | Sudbury, Thunder Bay et sites nordiques |
| School of Medicine | Toronto Metropolitan University (TMU) | Brampton (Peel Region) |
Deux nouvelles écoles de médecine ontariennes sont en développement : Toronto Metropolitan University (ouvert dès 2025) et York University, mais cette dernière n’apparaît pas encore dans le guide AFMC 2026, signe que son programme MD n’est pas encore en phase d’admission pour cette rentrée.
Tous ces programmes sont centralisés via OMSAS et soumis à la règle des 95% de résidents ontariens et 5% autres Canadiens pour leurs admissions financées.
Statut des étudiants internationaux avant la réforme
- University of Ottawa (MD, anglophone et francophone) : n’acceptait déjà que des citoyens canadiens ou résidents permanents, l’école indiquant explicitement qu’elle « ne recrute pas d’étudiants internationaux ».
- Queen’s University School of Medicine : admissibilité limitée aux citoyens, résidents permanents ou personnes protégées; les étudiants internationaux ne sont pas éligibles.
- NOSM University : exige la citoyenneté ou la résidence permanente canadienne; aucun canal d’admission pour les étudiants internationaux.
- Toronto Metropolitan University (School of Medicine) : précise clairement que « TMU ne reçoit pas de candidatures d’étudiants internationaux »; seuls les citoyens, résidents permanents ou personnes protégées peuvent postuler.
- Western (Schulich), McMaster, Queen’s : les textes d’admission AFMC et OMSAS limitent l’admissibilité aux citoyens, résidents permanents et réfugiés protégés; les étudiants internationaux n’ont pas de voie générale d’accès, en dehors de possibles places « hors contingent » liées à des contrats gouvernementaux.
En pratique, la seule faculté ontarienne qui constituait une vraie voie d’accès MD pour des étudiants internationaux était l’Université de Toronto (Temerty), via un flux d’admission « international/visa » avec quelques places « supernumerary » très coûteuses.
La réforme ontarienne ne « ferme » donc pas six facultés qui auraient été jusqu’ici largement ouvertes aux étrangers; elle formalise et durcit une restriction qui était déjà en vigueur dans la plupart des écoles, tout en fermant le principal canal international à Toronto.
McMaster, Western, Queen’s, Ottawa, NOSM et TMU : des écoles déjà fermées aux étrangers
Pour mesurer l’effet réel de la réforme, il est essentiel de vérifier école par école l’existence ou non d’une voie internationale avant 2026.
McMaster University – Michael G. DeGroote School of Medicine
Les documents AFMC indiquent que McMaster n’envisage plus d’admissions d’étudiants internationaux à partir du cycle 2026, la mention « International students – not considered starting 2026 » apparaissant dans les informations d’admission. Même avant cette date, la faculté ne proposait que des places financées pour des citoyens, résidents permanents et réfugiés protégés; la réforme ontarienne ne fait donc que consolider une politique déjà très restrictive envers les étudiants étrangers.
Western University – Schulich School of Medicine & Dentistry
Les critères d’admission de Schulich exigent la citoyenneté canadienne, la résidence permanente ou le statut de personne protégée; les catégories « visa students » ou « foreign students » sont marquées comme non admissibles ou N/A. Il n’existait pas, en 2025–2026, de voie générale d’accès au MD pour des étudiants internationaux payants; la réforme formalise la priorité provinciale mais ne change pas la nature des candidats admissibles.
Queen’s University – School of Medicine
Queen’s précise clairement que « Applicants must be a Canadian citizen, permanent resident (landed immigrant) of Canada or a protected person (Convention refugee) » pour être admissibles.La faculté n’indique aucun flux international autonome, et ne recrute pas d’étudiants étrangers pour son programme MD financé, en dehors de possibles places « supernumerary » sous contrat avec des gouvernements étrangers, distinctes des admissions OMSAS.
University of Ottawa – Faculty of Medicine
Le guide AFMC signale que la Faculté de médecine d’Ottawa n’admet pas d’étudiants internationaux en MD : seules les personnes ayant la citoyenneté ou la résidence permanente canadienne peuvent déposer une candidature.Des places au‑delà du contingent (« above-quota contract ») existent pour certains accords (p. ex. avec le ministère de la Défense ou des pays partenaires), mais elles ne constituent pas une voie d’accès ouverte pour les étudiants étrangers individuels.
NOSM University
NOSM University, créée pour répondre aux besoins des régions nordiques et rurales, exige la citoyenneté ou la résidence permanente canadienne et ne prévoit pas d’admission d’étudiants en MD avec un simple permis d’études.La réforme provinciale n’ouvre ni ne ferme de voie internationale; elle renforce une logique de formation ciblée de médecins pour le Nord de l’Ontario.
Toronto Metropolitan University – School of Medicine
TMU, nouveau programme MD situé à Brampton, précise noir sur blanc : « The TMU School of Medicine does not accept applications from international applicants »; seuls les citoyens, résidents permanents et personnes protégées sont éligibles. La réforme ontarienne ne change donc pas la nature des candidats admissibles, mais impose qu’au moins 95% soient des résidents de l’Ontario au sens réglementaire.
Pourquoi l’Ontario a décidé de réserver ses places aux Canadiens ?
L’annonce de la réforme en 2024 intervient dans un contexte de crise de la médecine de famille en Ontario :
- Entre 2,3 et 2,5 millions d’Ontariens n’avaient déjà pas de médecin de famille en 2023–2024 selon des rapports du CBC et de l’Ontario College of Family Physicians.
- L’Ontario Medical Association (OMA) estime qu’en l’absence de mesures fortes, 4,4 millions de personnes pourraient être sans médecin de famille en 2026, soit près d’un tiers de la population provinciale.
Parallèlement, le gouvernement met en avant des chiffres sur l’augmentation du nombre de médecins et l’expansion des écoles de médecine :
- Ouverture de nouvelles écoles à Toronto Metropolitan University et, à terme, à York University.
- Ajout de plus de 260 places de premier cycle et de centaines de postes de résidence, dans ce qui est présenté comme « la plus grande expansion de la formation médicale en plus de dix ans ».
- L’objectif explicite est de connecter 2 millions de personnes supplémentaires à des soins primaires d’ici 2029, en combinant expansion de la formation et nouvelles équipes de soins primaires.
Dans le communiqué de 2024, la province explique qu’en réservant les places aux résidents ontariens, elle veut s’assurer que « les médecins formés en Ontario traitent des patients en Ontario plutôt que de quitter la province après leurs études ».
Un paradoxe apparent : pénurie de médecins mais restriction des étudiants étrangers
Du point de vue du gouvernement les étudiants internationaux représentaient un pourcentage très faible des places MD en Ontario, essentiellement concentrées à Toronto; leur exclusion ne réduit donc que marginalement la capacité totale de formation mais assure que toutes les places financées bénéficient à des Canadiens. De plus, le gouvernement veut prioriser les résidents ontariens d’une manière de maximiser le retour sur investissement public. Selon le gouvernement, la mesure répond à la forte demande des étudiants canadiens : le nombre de candidatures dépasse largement le nombre de places disponibles, et de nombreux candidats canadiens étaient jusque‑là refusés ou contraints de partir à l’étranger pour étudier la médecine.
Mais d’autres part, des experts interrogés par CBC et d’autres médias soulignent toutefois que :
- Le nombre d’étudiants internationaux en médecine en Ontario est « non significatif » : Dr Cathy Risdon, responsable de la médecine de famille à McMaster, estime que leur présence n’est pas le cœur du problème et que l’interdiction est « distrayante » par rapport aux enjeux plus structurants (conditions de travail, rémunération, organisation des soins).
- Exclure les étudiants internationaux ne crée pas automatiquement des médecins supplémentaires pour l’Ontario : les places libérées sont redistribuées à des Canadiens, mais rien ne garantit que ces diplômés choisiront la médecine de famille ou resteront durablement en Ontario.
- La mesure risque de réduire la diversité internationale des cohortes étudiantes, ce qui peut avoir un impact sur les échanges académiques, la recherche et la compréhension des enjeux globaux de santé.
- Elle paraît paradoxale dans un pays qui, par ailleurs, cherche à attirer des professionnels de santé formés à l’étranger pour combler ses besoins, notamment via des programmes d’intégration des International Medical Graduates (IMG).
En résumé, la politique est surtout un signal politique : elle affirme que l’Ontario veut former « ses propres médecins » et limiter l’usage des places financées à des non‑Canadiens, mais son effet direct sur le nombre total de médecins et sur la pénurie de famille risque d’être modeste.
L’Ontario : une offre internationale déjà marginale
Dans ce paysage :
- L’Ontario n’offrait qu’un petit nombre de places internationales à Toronto (Temerty), et possiblement quelques places contractuelles ailleurs, sans flux ouvert.
- La réforme 2026 supprime cette petite fenêtre et harmonise la politique ontarienne avec celle des autres provinces anglophones, où les étudiants internationaux ont déjà très peu de possibilités d’accès au MD.
On est donc loin d’un « bouleversement » massif du système : la mesure ontarienne renforce une tendance nationale où le MD est essentiellement réservé aux citoyens et résidents permanents, et où les étudiants internationaux ne disposent que de quelques dizaines de places au total, concentrées au Québec et dans un ou deux établissements hors Québec.
Impact concret pour les futurs étudiants internationaux
Pour un étudiant étranger qui ne possède ni la citoyenneté canadienne ni la résidence permanente :
- Il ne peut plus déposer une candidature via OMSAS aux programmes MD financés de l’Ontario.
- Les facultés de l’Ontario indiquent explicitement qu’elles n’acceptent pas d’étudiants internationaux dans leurs programmes MD réguliers, à l’exception de places supernuméraires liées à des accords gouvernementaux (généralement gérées directement entre États ou institutions).
Un étudiant étranger titulaire d’un simple permis d’études n’est donc pas admissible aux places MD financées en Ontario.
Et si l’étudiant devient résident permanent ?
La situation change complètement si l’étudiant obtient le statut de résident permanent (RP) avant de déposer sa candidature :
- Il est alors considéré comme « Canadian student » dans ce contexte et peut postuler aux programmes MD, sous réserve des autres critères académiques.
- S’il remplit la définition d’« ordinarily resident in Ontario », il entre dans les 95% de places réservées aux résidents ontariens; sinon, il peut être considéré dans le contingent des 5% autres Canadiens.
La réforme ne change donc pas l’admissibilité des résidents permanents – qu’ils soient nés à l’étranger ou au Canada – mais elle exige que tous les candidats aient un statut migratoire canadien ou de réfugié protégé.
Les étudiants déjà inscrits sont-ils affectés ?
Les documents officiels se concentrent sur les nouvelles admissions à partir de la rentrée 2026; les étudiants déjà inscrits au MD avant cette date ne sont pas rétroactivement affectés dans leur statut ou leur financement.
La mesure touche donc :
- les candidats au premier cycle MD (Doctor of Medicine) financé;
- pas les étudiants déjà en cours de programme;
- pas les programmes de Master, PhD ou de recherche médicale, qui continuent d’accepter des étudiants internationaux avec permis d’études selon les politiques propres à chaque université.
Il est crucial de rappeler que :
l’interdiction d’admission internationale concerne les programmes MD financés, et non l’ensemble des études de sciences médicales, de biomédecine ou de recherche en Ontario. Les étudiants étrangers peuvent toujours viser un Master, un PhD ou des programmes de recherche médicale dans les universités ontariennes.
Quelles alternatives restent au Canada ?
À partir du guide AFMC 2026, on peut dresser un tableau synthétique :
| Faculté de médecine | Province | Étudiants internationaux admissibles en 2026 ? | Restrictions principales |
|---|---|---|---|
| Memorial University | Terre‑Neuve‑et‑Labrador | Non | Depuis 2021, uniquement citoyens et RP; aucun flux international général. |
| Dalhousie University | Nouvelle‑Écosse / N.-B. / Î.-P.-É. | Oui (au‑delà du quota) | Places « foreign » sous contrat, frais très élevés (~75 000 CAD/an), souvent réservées à des accords gouvernementaux. |
| Université Laval | Québec | Oui (1 place) | 1 place pour un candidat international avec permis d’études + quelques places contractuelles; sélection très compétitive. |
| Université de Sherbrooke | Québec | Oui (1 place) | 1 place internationale au programme MD, avec priorité forte aux résidents québécois. |
| Université de Montréal | Québec | Oui (2 places) | 2 places au total réparties entre année préparatoire et MD; processus distinct et très sélectif. |
| McGill University (MD‑CM) | Québec | Oui (1 place) | 1 place pour un étudiant « visa »; exige un très haut niveau académique et linguistique. |
| University of Manitoba | Manitoba | Non | Admissible uniquement pour citoyens et RP; pas de flux international ouvert. |
| University of Saskatchewan | Saskatchewan | Non | Candidats doivent être citoyens ou RP; les étudiants étrangers ne sont pas éligibles. |
| University of Alberta | Alberta | Non | Admissible uniquement pour citoyens et RP; aucune place générale pour étudiants internationaux. |
| University of Calgary | Alberta | Non | MD réservé aux citoyens et RP; la présence d’étudiants étrangers se limite aux programmes de recherche. |
| University of British Columbia | Colombie‑Britannique | Non | N’admet pas de « visa students » au MD; seulement citoyens et RP. |
Ce tableau montre que les toutes petites fenêtres d’accès pour les étudiants internationaux se trouvent principalement au Québec (Laval, Sherbrooke, Montréal, McGill) et, dans une moindre mesure, à Dalhousie via des positions contractuelles.
Avec la fermeture du flux international à Toronto, l’Ontario ne constitue plus une option réaliste pour un étudiant étranger visant un MD, à moins qu’il n’obtienne préalablement la résidence permanente.
Le Canada devient-il presque inaccessible aux étudiants internationaux en médecine ?
En 2026 :
- Sur les 18 facultés de médecine canadiennes, moins d’une demi‑douzaine acceptent encore des étudiants internationaux au MD, et souvent pour 1 ou 2 places par an.
- De nombreuses admissions « internationales » sont en fait des positions supernuméraires sous contrat, où des gouvernements étrangers financent intégralement la formation, et où les diplômés n’ont pas vocation à rester au Canada.
Les candidats américains sont parfois traités dans des flux particuliers (notamment au Québec ou à McGill), mais là aussi, les places restent extrêmement limitées et les frais de scolarité élevés.
Un contexte historiquement défavorable aux étudiants internationaux
Même avant la réforme ontarienne, étudier la médecine au Canada était historiquement très difficile pour un étudiant international, pour plusieurs raisons :
- Les facultés de médecine sont sous juridiction provinciale, et la plupart des provinces exigent que les places financées soient réservées aux résidents de la province et/ou aux citoyens et résidents permanents.
- Le coût de formation d’un médecin (MD + résidence) est très élevé pour les systèmes publics; il est donc politiquement sensible de financer des études d’étudiants qui risqueraient ensuite de quitter le pays.
- Les quelques places internationales sont soit hautement sélectives, soit liées à des contrats avec des gouvernements étrangers, ce qui limite l’accès aux candidats individuels.
La réforme ontarienne ne crée donc pas une nouvelle barrière; elle officialise une réalité : le Canada n’est pas, et n’a jamais vraiment été, une destination ouverte pour les étudiants internationaux en MD, contrairement à certains pays d’Europe ou d’Asie qui commercialisent largement leurs places en médecine.





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