Les étudiants internationaux constitueraient un investissement largement positif pour les finances publiques allemandes. Une nouvelle étude de l’Institut der deutschen Wirtschaft (IW), réalisée à la demande du DAAD et publiée le 8 septembre 2026, estime que la cohorte d’environ 81 800 étudiants internationaux ayant commencé en 2023 des études avec l’intention d’obtenir un diplôme en Allemagne générerait, sur l’ensemble de son parcours professionnel, environ 127 milliards d’euros de valeur ajoutée et un surplus net de 23,1 milliards d’euros pour les finances publiques.
L’étude apporte surtout une nouvelle estimation du nombre d’étudiants qui restent durablement en Allemagne. Selon les calculs fondés sur le Mikrozensus, environ 45 % d’une cohorte internationale finit par être disponible sur le marché du travail allemand comme main-d’œuvre diplômée, et près de 34 % des entrants restent en Allemagne jusqu’à la retraite.
Le chiffre de 23 milliards mérite toutefois d’être correctement interprété : il ne s’agit ni d’une recette annuelle, ni de la contribution de tous les étudiants étrangers actuellement présents en Allemagne. C’est une projection à long terme concernant essentiellement la cohorte entrée en 2023, calculée sur plusieurs décennies.
23,1 milliards d’euros nets : que mesure exactement l’étude ?
L’IW ne calcule pas simplement ce que les étudiants dépensent pendant leurs études. L’analyse suit théoriquement une cohorte depuis son arrivée en Allemagne jusqu’à la fin de sa vie professionnelle, puis tient également compte d’une partie des dépenses publiques liées à la retraite.
Du côté des dépenses publiques figurent notamment :
- le coût des places universitaires largement financées par l’État ;
- certaines subventions aux services destinés aux étudiants ;
- les prestations des systèmes d’assurance sociale pendant la vie professionnelle et la retraite.
En face, l’étude comptabilise notamment :
- l’impôt sur le revenu ;
- les taxes sur la consommation ;
- les cotisations à l’assurance maladie ;
- les cotisations retraite ;
- les cotisations chômage et dépendance ;
- les contributions patronales aux assurances sociales.
Pour 1 000 étudiants internationaux entrants, l’IW estime le solde budgétaire à environ 281,6 millions d’euros sur l’ensemble de la période étudiée. Rapporté aux 81 832 entrants internationaux avec intention d’obtenir un diplôme en 2023, le résultat atteint environ 23,1 milliards d’euros. Les calculs sont exprimés aux prix de 2024.
Une estimation plus prudente donne encore 18 milliards d’euros
Le chiffre de 23,1 milliards n’est pas le seul présenté dans le rapport.
Dans son scénario principal, l’IW comptabilise les principales prestations publiques directement liées aux personnes concernées. Les chercheurs proposent ensuite une variante plus prudente intégrant également la hausse potentielle des besoins en services publics non individualisés qu’entraîne une population plus importante, par exemple certaines dépenses d’infrastructures.
Avec ces dépenses supplémentaires, le surplus estimé pour la cohorte 2023 ne serait plus de 23,1 milliards, mais d’environ 18 milliards d’euros.
Même dans cette lecture plus large des coûts publics, le bilan resterait donc fortement positif.
Cette distinction est importante : affirmer simplement que les étudiants internationaux « rapportent 23 milliards » serait incomplet. L’étude produit plusieurs variantes et repose sur des projections à très long terme, et non sur 23 milliards déjà encaissés par l’État allemand.
127 milliards d’euros de valeur ajoutée sur la vie professionnelle
Le second chiffre majeur concerne l’économie dans son ensemble.
Pour les quelque 81 800 étudiants internationaux avec intention d’obtenir un diplôme entrés en 2023, l’IW calcule un volume de travail cumulé d’environ 1,76 milliard d’heures et une contribution directe à la valeur ajoutée estimée à 126,87 milliards d’euros, arrondie par le DAAD à 127 milliards.
Cette estimation couvre à la fois le travail effectué pendant les études et surtout l’activité professionnelle après l’obtention du diplôme.
Elle ne correspond pas à un bénéfice de 127 milliards pour le gouvernement allemand. La valeur ajoutée économique mesure la richesse produite dans l’économie ; le surplus budgétaire de 23,1 milliards mesure, lui, la différence estimée entre certaines recettes et dépenses des administrations publiques.
Les deux chiffres ne sont donc pas interchangeables.
Pourquoi 34 % des étudiants resteraient-ils jusqu’à la retraite ?
C’est précisément sur ce point que la nouvelle étude de 2026 améliore le travail publié par l’IW l’année précédente.
En 2025, les chercheurs avaient construit plusieurs scénarios théoriques de maintien en Allemagne, compris entre 30 % et 50 %. Le nouveau rapport utilise cette fois les données détaillées du Mikrozensus, la grande enquête annuelle allemande sur la population, afin de mieux observer ce que deviennent réellement les anciens étudiants internationaux.
L’analyse aboutit à plusieurs étapes.
Environ 59 % des étudiants internationaux sont toujours en Allemagne jusqu’à neuf ans après leur arrivée. Parmi eux, environ trois quarts obtiennent un diplôme universitaire. Au total, l’IW estime donc qu’environ 45 % d’une cohorte d’étudiants internationaux avec intention d’obtenir un diplôme se retrouve sur le marché du travail allemand en tant que main-d’œuvre hautement qualifiée après les études.
Tous ne restent pas définitivement.
L’étude estime qu’environ un quart de ces diplômés installés en Allemagne finit encore par quitter le pays au cours de sa carrière. Il resterait alors, au final, environ 34 % de la cohorte initiale jusqu’à l’âge de la retraite.
Autrement dit, le chiffre de 34 % ne signifie pas que seulement un étudiant international sur trois travaille en Allemagne immédiatement après ses études. La proportion initiale est plus élevée, puis diminue progressivement au fil des départs ultérieurs.
Les 81 800 étudiants étudiés ne représentent pas tous les étudiants internationaux arrivés en 2023
Autre nuance importante : l’étude distingue les étudiants venus en Allemagne pour obtenir un diplôme de ceux qui effectuent seulement une mobilité temporaire.
En 2023, environ 116 600 étudiants internationaux ont commencé des études en Allemagne. Parmi eux :
- 81 800, soit 70,2 %, étaient classés comme étudiants avec intention d’obtenir un diplôme en Allemagne ;
- environ 34 800 étaient principalement des étudiants en mobilité temporaire ou sans objectif de diplôme allemand.
Les grandes projections économiques de 127 milliards et 23,1 milliards sont construites sur le premier groupe.
Un étudiant Erasmus venant passer un semestre ou une année en Allemagne avant de retourner dans son université d’origine n’est donc pas traité de la même manière qu’un étudiant international venu effectuer un Bachelor, un Master ou un autre cursus complet en Allemagne.
L’État récupérerait son investissement seulement deux ans après le diplôme
C’est probablement le résultat le plus spectaculaire de l’étude.
En cumulant les impôts et cotisations sociales versés par la cohorte avec les dépenses publiques engagées depuis son arrivée, l’IW estime que le solde devient positif environ deux ans après l’obtention du diplôme, soit approximativement sept ans après l’entrée en Allemagne dans le modèle utilisé.
Cela signifie que, collectivement, les anciens étudiants auraient alors versé davantage en impôts et cotisations que le montant cumulé des prestations publiques reçues jusque-là, y compris le coût de leurs places universitaires.
Mais là encore, l’étude comporte une variante plus prudente.
Lorsque les chercheurs ajoutent les éventuelles dépenses supplémentaires nécessaires pour financer des services publics non directement attribuables à une personne, le point d’équilibre est atteint non plus après deux ans, mais environ trois ans après la fin des études.
L’interprétation correcte est donc : deux ans dans le calcul principal, environ trois ans dans la variante intégrant un ensemble plus large de dépenses publiques.
Pourquoi le système universitaire allemand peut-il être rentable malgré des frais de scolarité souvent faibles ?
Le résultat peut sembler contre-intuitif. L’Allemagne finance fortement son enseignement supérieur public et de nombreux étudiants internationaux étudient sans avoir à payer des frais de scolarité couvrant le coût réel de leur formation.
L’étude estime néanmoins que cette dépense initiale est relativement faible par rapport aux recettes fiscales et sociales pouvant être générées lorsqu’un diplômé reste ensuite plusieurs décennies sur le marché du travail allemand.
Pour 1 000 étudiants internationaux, l’IW évalue le coût des places universitaires à environ 47,1 millions d’euros. Le bilan public est négatif pendant la période d’études, puis devient largement positif lorsque les diplômés travaillent.
Cette logique explique pourquoi les auteurs décrivent l’accueil d’étudiants internationaux non seulement comme une politique universitaire, mais aussi comme un outil de recrutement de main-d’œuvre qualifiée.
L’Allemagne cherche surtout à transformer les étudiants en futurs travailleurs qualifiés
L’enjeu est directement lié au vieillissement démographique allemand.
L’IW souligne que le départ à la retraite des générations du baby-boom augmente les pénuries de personnel qualifié. Former en Allemagne de jeunes étrangers offre, selon les auteurs, un avantage particulier : les diplômés sortent avec une qualification allemande déjà reconnue par les employeurs, connaissent le fonctionnement du pays et ont eu plusieurs années pour construire des réseaux professionnels et personnels.
Dans un entretien publié par le DAAD, Axel Plünnecke, responsable du pôle Éducation, Innovation et Migration de l’IW, qualifie ainsi les études internationales de véritable « voie royale de la migration », précisément parce que l’intégration commence pendant les années universitaires.
L’étude ne recommande donc pas seulement d’attirer davantage d’étudiants. Elle insiste sur trois étapes :
- améliorer la préparation aux études ;
- augmenter le taux de réussite et réduire les abandons ;
- faciliter le passage de l’université au marché du travail allemand.
Le DAAD finance déjà depuis 2024 la Campus-Initiative internationale Fachkräfte, destinée à aider les universités allemandes à attirer, accompagner et préparer les étudiants internationaux à leur insertion professionnelle.
Le taux d’abandon reste un point faible
La conclusion favorable de l’étude ne signifie pas que tous les étudiants étrangers obtiennent leur diplôme.
Au contraire, les calculs montrent que le bénéfice économique potentiel dépend fortement de la réussite universitaire. Parmi les étudiants qui restent suffisamment longtemps en Allemagne, une partie quitte l’enseignement supérieur sans diplôme.
L’IW considère donc qu’une politique visant uniquement à augmenter le nombre d’inscriptions serait insuffisante. L’amélioration de l’accompagnement académique, de l’apprentissage de l’allemand et de l’intégration professionnelle pourrait augmenter sensiblement la proportion de diplômés restant ensuite sur le marché du travail.
Le potentiel serait d’autant plus important que les enquêtes citées dans le rapport suggèrent que les intentions de rester en Allemagne sont supérieures aux taux de maintien effectivement observés : certains étudiants souhaitent rester mais rencontrent ensuite des difficultés pour trouver un emploi correspondant à leur qualification ou s’intégrer durablement.
Les étudiants venant d’Afrique ne sont pas un groupe marginal dans cette dynamique
Les données analysées montrent aussi que les profils de mobilité varient fortement selon les régions d’origine.
En 2023, la part des personnes venues principalement pour une mobilité temporaire représentait environ 22,7 % des étudiants nord-américains, mais seulement 2 % parmi ceux originaires d’Afrique subsaharienne.
Cela signifie qu’une très grande majorité des étudiants originaires d’Afrique subsaharienne comptabilisés dans ces arrivées viennent en Allemagne dans le cadre d’un cursus visant un diplôme, plutôt que pour un simple échange de courte durée.
Pour l’Allemagne, ces étudiants constituent donc potentiellement une part importante du vivier de diplômés internationaux susceptibles d’intégrer ensuite le marché du travail.
23 milliards restent une projection, pas un résultat budgétaire déjà observé
Le caractère spectaculaire des chiffres ne doit pas faire oublier la méthode utilisée.
L’étude est une modélisation économique. Le maintien à long terme est estimé à partir du Mikrozensus et d’autres statistiques disponibles ; les trajectoires futures de la cohorte 2023 sont ensuite projetées jusqu’à la retraite en utilisant les hypothèses économiques développées par l’IW. Les résultats financiers sont exprimés selon les conditions et prix de 2024.
Personne ne peut savoir aujourd’hui avec certitude combien des étudiants entrés en 2023 seront encore en Allemagne dans trente ou quarante ans.
L’IW reconnaît notamment que les résultats réels dépendront de l’évolution de l’économie, de l’emploi, de la migration et du système fiscal et social. Un fort ralentissement économique pourrait réduire le résultat attendu. À l’inverse, certains effets positifs comme la création d’entreprises, l’innovation ou d’autres effets indirects sur l’économie ne sont pas intégrés dans le calcul principal.
Il faut également rappeler que l’IW est un institut privé de recherche économique et que cette étude a été commandée par le DAAD. Les chiffres constituent donc les résultats d’un travail de recherche et de modélisation, et non une comptabilité officielle du ministère allemand des Finances.
Ce que change la nouvelle étude par rapport aux estimations de 2025
Une première étude publiée en 2025 avait déjà conclu que l’accueil d’étudiants internationaux pouvait générer un gain budgétaire important, mais elle devait utiliser plusieurs scénarios hypothétiques faute de disposer d’une estimation suffisamment précise du maintien à très long terme.
Dans son scénario intermédiaire de 2025, l’IW estimait le surplus public à 15,5 milliards d’euros par cohorte, avec 40 % des étudiants encore présents après les études et 20 % restant jusqu’à la retraite. Un scénario plus favorable atteignait 26 milliards d’euros.
La nouvelle analyse du Mikrozensus permet désormais à l’institut de retenir une hypothèse centrale d’environ 34 % restant jusqu’à la retraite. Le résultat de 23,1 milliards se situe logiquement dans la partie supérieure de la fourchette calculée un an auparavant.
Une étude qui alimente directement le débat sur l’accueil des étudiants étrangers
Pour le DAAD, les résultats constituent un argument en faveur d’une politique allemande qui ne considère pas les étudiants internationaux uniquement comme un coût pour les universités.
Son président, Joybrato Mukherjee, estime que l’Allemagne doit simultanément maintenir des conditions d’études attractives, améliorer l’accueil des étudiants étrangers et faciliter leur passage vers l’emploi. Le DAAD souligne que le gain potentiel dépend précisément de la capacité du pays à conserver une partie importante de ses diplômés.
Axel Plünnecke va plus loin : au regard des résultats, il estime que l’Allemagne devrait augmenter ses capacités d’accueil pour les étudiants internationaux, investir davantage dans l’apprentissage linguistique et réduire les abandons.
Le rapport complet, intitulé « Ermittlung und Analyse des Verbleibs internationaler Studierender », a été publié par l’Institut der deutschen Wirtschaft le 8 septembre 2026 pour le compte du DAAD.





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