Les Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) viennent d’enregistrer un record sans précédent. L’appel MSCA Postdoctoral Fellowships 2026, clôturé le 9 septembre 2026, a reçu 21 627 propositions, soit le nombre le plus élevé jamais enregistré pour ces bourses postdoctorales et, selon la Commission européenne, pour n’importe quelle action de financement en quarante ans de programmes-cadres européens de recherche et d’innovation.
Le précédent record ne remontait pourtant qu’à 2025. Cette année-là, 17 066 propositions avaient été déposées. En un an, le nombre de candidatures a donc augmenté de 26,7 %. Deux ans plus tôt, en 2024, l’appel n’avait reçu que 10 360 propositions : le volume a ainsi plus que doublé entre 2024 et 2026.
Le record intervient alors que le budget n’augmente pas dans les mêmes proportions. L’appel 2026 dispose d’une enveloppe indicative de 399,05 millions d’euros et devrait permettre de financer environ 1 600 projets.
21 627 candidatures pour environ 1 600 financements
La différence entre le nombre de propositions reçues et le nombre de financements disponibles donne immédiatement une idée du niveau de concurrence.
La Commission européenne indique qu’environ 1 600 projets devraient être financés sur les 21 627 propositions reçues.
Si l’on comparait simplement ces deux nombres, cela correspondrait à environ 7,4 % des propositions déposées. Ce chiffre ne constitue toutefois pas encore le taux de réussite officiel : certaines candidatures pourront être déclarées inéligibles ou non évaluables, et le nombre final de projets financés ne sera connu qu’après l’évaluation.
La comparaison avec 2025 montre néanmoins à quel point la compétition s’intensifie. Lors du précédent appel :
- 17 066 propositions avaient été déposées ;
- 16 836 avaient été jugées éligibles et évaluées ;
- 1 610 projets avaient obtenu un financement ;
- le taux de réussite final avait été de 9,6 %.
En 2026, le budget indicatif est même légèrement inférieur aux 404,3 millions d’euros disponibles en 2025, alors que le nombre de propositions a progressé de plus d’un quart.
Il faudra donc attendre février 2027 pour connaître le taux de réussite définitif, mais les chiffres disponibles indiquent déjà une pression nettement plus forte sur le programme.
20 131 candidatures pour les European Postdoctoral Fellowships
La très grande majorité des propositions concernent les European Postdoctoral Fellowships.
Sur les 21 627 dossiers reçus :
- 20 131 propositions, soit 93,1 %, concernent les European Postdoctoral Fellowships ;
- 1 496 propositions, soit 6,9 %, concernent les Global Postdoctoral Fellowships.
Les deux catégories répondent à des logiques de mobilité différentes.
Les European Postdoctoral Fellowships permettent à un chercheur de toute nationalité de réaliser son projet dans un État membre de l’Union européenne ou un pays associé à Horizon Europe. Ils sont notamment accessibles aux chercheurs installés en Afrique, en Asie, en Amérique ou ailleurs dans le monde qui souhaitent rejoindre une institution européenne.
La durée standard est comprise entre 12 et 24 mois.
Les Global Postdoctoral Fellowships fonctionnent dans l’autre sens : elles permettent à des ressortissants ou résidents de longue durée de l’UE ou des pays associés à Horizon Europe de conduire une partie de leurs recherches dans un pays tiers non associé.
Elles comportent :
- une phase de 12 à 24 mois hors de l’Europe ou des pays associés ;
- puis une phase obligatoire de retour de 12 mois auprès d’une organisation établie dans l’UE ou un pays associé à Horizon Europe.
Les chercheurs ayant déposé une Global Fellowship en 2026 ont proposé des séjours de recherche auprès d’organisations situées dans 58 pays tiers non associés à Horizon Europe.
Le Royaume-Uni arrive en tête des pays coordinateurs
Les 21 627 propositions sont coordonnées par des organisations implantées dans 43 pays de l’Union européenne ou associés à Horizon Europe.
Les cinq principaux pays des institutions coordinatrices sont, dans l’ordre publié par la Commission :
- Royaume-Uni ;
- Espagne ;
- Italie ;
- France ;
- Allemagne.
Cette présence du Royaume-Uni en première position est notamment permise par son association à Horizon Europe, qui lui permet de participer à nouveau pleinement à de nombreux dispositifs du programme européen de recherche.
Le classement porte sur le pays de l’organisation coordinatrice, et non sur la nationalité des chercheurs candidats.
Un chercheur tunisien, sénégalais, indien ou brésilien déposant une European Fellowship avec une université britannique serait ainsi comptabilisé dans les propositions coordonnées par le Royaume-Uni.
Les MSCA Postdoctoral Fellowships sont ouvertes à toutes les disciplines
Le succès du programme tient en partie à son champ particulièrement large.
Les Postdoctoral Fellowships financent des projets dans tous les domaines de recherche, des sciences physiques et de l’ingénierie aux sciences de la vie, en passant par les sciences sociales, les humanités et certains domaines relevant d’Euratom.
Le programme ne consiste pas simplement à financer un salaire postdoctoral classique. Son objectif est de combiner :
- un projet de recherche ;
- une mobilité internationale ;
- une formation avancée ;
- le développement de nouvelles compétences ;
- une exposition interdisciplinaire ou intersectorielle ;
- et, lorsque cela est pertinent, une expérience dans le secteur non académique.
Le chercheur construit son projet avec une organisation d’accueil, qui peut être une université, un institut de recherche, une entreprise, une PME ou une autre organisation éligible.
Les chercheurs de toutes nationalités peuvent viser une European Fellowship
Pour les chercheurs situés hors d’Europe, notamment en Afrique, les European Postdoctoral Fellowships constituent généralement la catégorie la plus accessible.
Elles sont ouvertes aux chercheurs de toute nationalité, sous réserve de respecter les autres conditions du programme.
Le candidat doit notamment :
- être titulaire d’un doctorat à la date limite de candidature, ou avoir déjà soutenu avec succès sa thèse même si le diplôme n’a pas encore été officiellement délivré ;
- avoir en principe au maximum huit années d’expérience de recherche après l’obtention du doctorat, certaines interruptions de carrière ou périodes particulières n’étant pas comptabilisées ;
- respecter la règle de mobilité.
Cette dernière condition impose généralement de ne pas avoir résidé ou exercé son activité principale dans le pays de l’institution d’accueil pendant plus de 12 mois au cours des 36 mois précédant la date limite.
Il ne suffit donc pas de trouver un laboratoire européen intéressé : le parcours géographique du chercheur doit également être compatible avec les règles MSCA.
Une nouvelle restriction de resoumission s’appliquait en 2026
Le record de candidatures est d’autant plus notable que l’appel 2026 applique une nouvelle règle destinée à limiter certaines resoumissions.
Depuis cette année, une restriction de resoumission concerne les candidatures ayant obtenu un score inférieur à 80 % lors de l’appel précédent.
L’objectif est notamment d’éviter la resoumission immédiate de propositions qui se situaient nettement sous le seuil compétitif et de concentrer davantage l’évaluation sur les projets suffisamment matures.
Malgré cette nouvelle contrainte, le nombre de propositions a progressé de 26,7 %.
Le record intervient après une progression déjà spectaculaire en 2025
L’évolution sur trois appels montre que la hausse n’est pas marginale :
- 2024 : 10 360 propositions ;
- 2025 : 17 066 propositions ;
- 2026 : 21 627 propositions.
Entre 2024 et 2025, la progression avait déjà atteint 64,6 %.
Entre 2025 et 2026, le programme ajoute encore 4 561 candidatures, soit +26,7 %.
En seulement deux ans, les Postdoctoral Fellowships sont donc passées de 10 360 à 21 627 propositions, soit une augmentation d’environ 109 %.
La Commission européenne présente ce résultat comme un indicateur de l’attractivité scientifique de l’Europe. Dans son commentaire sur les chiffres 2026, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, estime que ce record montre que les chercheurs continuent de choisir l’Europe et que l’Union doit maintenir des investissements durables dans la recherche.
Les résultats seront annoncés en février 2027
La phase de candidature est désormais terminée.
Les propositions doivent être évaluées entre mi-septembre 2026 et mi-février 2027 par la European Research Executive Agency (REA), avec l’intervention d’experts indépendants.
Le calendrier indicatif prévoit :
- 9 septembre 2026 : clôture de l’appel ;
- mi-septembre 2026 à mi-février 2027 : évaluation des propositions ;
- mi-février 2027 : notification des résultats aux candidats ;
- fin février 2027 : attribution prévue des Seal of Excellence ;
- avril-mai 2027 : signature attendue des conventions de financement ;
- à partir d’avril 2027 : démarrage possible des premiers projets financés.
Les projets sélectionnés peuvent commencer plus tard : la Commission précise qu’ils pourront démarrer au plus tard deux ans après la date limite de l’appel, soit en septembre 2028.
Un score élevé ne garantit pas nécessairement un financement
Le très grand nombre de candidatures signifie également que des propositions évaluées comme excellentes pourraient rester sans financement.
La Commission européenne attribuera un Seal of Excellence aux candidats qui obtiennent une note finale d’au moins 85 % mais qui ne peuvent pas être financés en raison de l’épuisement du budget disponible.
Ce certificat ne constitue pas une bourse en lui-même. Il atteste en revanche que le projet a satisfait aux critères de qualité de l’évaluation européenne et peut faciliter la recherche d’un financement alternatif national ou régional.
L’ampleur du phénomène était déjà visible lors de l’appel 2025.
Sur les 16 836 propositions évaluées cette année-là :
- 1 610 avaient obtenu un financement MSCA ;
- 9 847 chercheurs avaient reçu un Seal of Excellence.
Autrement dit, plusieurs milliers de projets jugés de très bonne qualité n’avaient pas pu être financés directement par le budget des MSCA.
Avec 21 627 propositions en 2026 pour environ 1 600 financements prévus, cette question devrait être encore plus importante cette année.
Une seconde possibilité pour certains projets : les ERA Fellowships
Certains candidats aux European Postdoctoral Fellowships disposent d’un mécanisme supplémentaire.
Lorsqu’un chercheur candidate avec une organisation d’accueil située dans un « widening country », c’est-à-dire un pays dont la participation à Horizon Europe reste relativement faible, son projet peut également être considéré pour une ERA Fellowship.
Ces financements sont destinés aux propositions de haute qualité qui ont été déposées dans le cadre des MSCA Postdoctoral Fellowships mais qui n’ont pas pu obtenir une bourse MSCA en raison du budget disponible.
Les candidats concernés recevront également les informations correspondantes avec les résultats prévus en février 2027.
Pourquoi ce record est important pour les futurs candidats
L’appel 2026 est désormais fermé, mais ses chiffres donnent une indication importante aux chercheurs qui envisagent une candidature lors d’un prochain cycle.
Une MSCA Postdoctoral Fellowship n’est plus seulement un programme très compétitif : avec plus de 21 600 propositions pour environ 1 600 financements, la différence entre une candidature simplement éligible et une candidature réellement compétitive devient considérable.
Le choix du laboratoire d’accueil, la qualité du projet scientifique, la méthodologie, l’impact sur la carrière du chercheur, le plan de formation, la mobilité et la capacité à démontrer la valeur ajoutée de la collaboration avec l’institution d’accueil prennent donc une importance croissante.
Il faut également rappeler que la proposition est construite conjointement par le chercheur et l’organisation d’accueil. Les institutions intéressées publient régulièrement des offres d’accueil ou expressions of interest sur EURAXESS, parfois plusieurs mois avant l’ouverture de l’appel suivant.
Un programme qui fête ses 30 ans en 2026
Le record intervient symboliquement l’année du 30e anniversaire des Marie Skłodowska-Curie Actions.
Créées en 1996, les MSCA ont soutenu depuis leur lancement plus de 150 000 chercheurs. Selon la Commission européenne, 23 lauréats du prix Nobel ont également bénéficié des actions Marie Skłodowska-Curie à un moment de leur parcours.
Le programme est aujourd’hui l’un des principaux instruments de l’Union européenne pour la formation doctorale, la mobilité et le développement des carrières de chercheurs dans le cadre d’Horizon Europe.
Le record de 2026 en confirme l’attractivité, mais révèle également un défi de financement : le nombre de candidats augmente beaucoup plus rapidement que le nombre de bourses disponibles.
Consulter l’annonce officielle des résultats de soumission 2026
Informations officielles sur les MSCA Postdoctoral Fellowships





Laisser un commentaire