Les étudiants internationaux représentent un coût pour les finances publiques néerlandaises pendant leurs études, mais ils rapportent en moyenne davantage à l’État sur le long terme. C’est la principale conclusion d’une nouvelle analyse du Centraal Planbureau (CPB), l’organisme public néerlandais chargé de l’analyse économique, réalisée à la demande du ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sciences.
Les résultats sont particulièrement favorables pour les étudiants originaires de pays situés hors de l’Espace économique européen (EEE). Selon les estimations reprises dans l’analyse, un diplômé universitaire non-EEE représente en moyenne un solde positif d’environ 243 000 € pour les finances publiques néerlandaises sur l’ensemble de sa vie. Pour un étudiant universitaire originaire de l’EEE, le solde reste positif, mais plus faible, autour de 82 500 €.
La nouvelle publication intervient alors que les Pays-Bas cherchent depuis plusieurs années à mieux contrôler le nombre d’étudiants internationaux, notamment en raison de la pression sur le logement étudiant, de la capacité de certaines formations et de la place de l’anglais dans l’enseignement supérieur.
Le constat du CPB : un coût immédiat, mais un bénéfice à long terme
L’analyse doit être lue sur l’ensemble du parcours d’un étudiant, et non uniquement pendant ses années universitaires.
Pour les étudiants européens, l’État néerlandais supporte effectivement une partie importante des coûts de formation. Les étudiants de l’EEE peuvent bénéficier du tarif légal des frais de scolarité, qui est largement inférieur au coût réel de leur formation, et certains peuvent également avoir droit au système néerlandais d’aide financière aux étudiants lorsqu’ils remplissent les conditions requises.
À court terme, ces étudiants constituent donc bien une dépense pour le budget public.
Mais une partie des diplômés internationaux reste ensuite aux Pays-Bas, trouve un emploi et paie pendant plusieurs années des impôts sur le revenu, cotisations sociales et autres prélèvements. Selon le CPB, ces recettes dépassent en moyenne les dépenses publiques initiales lorsque l’ensemble de la vie du diplômé est pris en compte.
Le Nuffic, l’organisation néerlandaise pour l’internationalisation de l’éducation, résume le même résultat dans son bilan 2026 : le solde à long terme est positif aussi bien pour les étudiants de l’EEE que pour ceux venant de pays hors EEE.
Combien rapporte en moyenne un étudiant international ?
Les résultats diffèrent fortement selon deux facteurs : l’origine géographique de l’étudiant et le type d’établissement fréquenté.
Le système néerlandais distingue notamment :
- le HBO, correspondant à l’enseignement supérieur professionnel dispensé principalement dans les universités de sciences appliquées ;
- le WO, l’enseignement universitaire académique dispensé par les universités de recherche.
Les estimations du CPB donnent les ordres de grandeur suivants sur l’ensemble du cycle de vie :
- Étudiant EEE en HBO : environ +13 300 € pour les finances publiques ;
- Étudiant EEE en université (WO) : environ +82 500 € ;
- Étudiant hors EEE en HBO : environ +117 000 € ;
- Étudiant hors EEE en université (WO) : environ +243 000 €.
Ces montants ne correspondent pas aux frais de scolarité payés par l’étudiant ni à un revenu directement encaissé par l’université. Il s’agit d’un solde estimé pour les finances publiques néerlandaises, après prise en compte des dépenses et recettes générées au cours de la vie de l’étudiant.
Pourquoi les étudiants hors EEE rapportent-ils beaucoup plus ?
La différence s’explique d’abord par le mode de financement des études.
Les étudiants venant de l’EEE — c’est-à-dire des pays de l’Union européenne ainsi que de la Norvège, de l’Islande et du Liechtenstein — peuvent généralement bénéficier du tarif légal néerlandais. Pour l’année universitaire 2026-2027, celui-ci se situe autour de 2 700 € par an pour une formation à temps plein.
Ce montant ne couvre qu’une partie du coût réel de leur formation, le reste étant financé par l’État.
Les étudiants originaires de pays hors EEE paient en revanche généralement des institutional tuition fees nettement plus élevées. Selon les informations actuelles du portail officiel Study in NL, ces frais peuvent couramment se situer entre :
- 9 000 € et 20 000 € par an pour un Bachelor ;
- 12 000 € et 30 000 € par an pour un Master.
Ils ne bénéficient généralement pas non plus du même accès au système néerlandais de financement étudiant.
Pour l’État, le coût initial de leur formation est donc considérablement plus faible. S’ils restent ensuite aux Pays-Bas pour travailler, les recettes fiscales qu’ils génèrent produisent rapidement un solde positif.
Le facteur décisif : combien d’étudiants restent aux Pays-Bas après leur diplôme ?
L’essentiel du bénéfice économique ne provient pas des années d’études, mais de la période qui suit l’obtention du diplôme.
C’est pourquoi la stay rate — la proportion de diplômés internationaux qui restent vivre et travailler aux Pays-Bas — joue un rôle central dans les calculs.
Selon les données compilées en 2026 par Nuffic, environ 25 % des diplômés internationaux vivent encore aux Pays-Bas cinq ans après l’obtention de leur diplôme.
Mais la différence entre Européens et non-Européens est importante :
- environ 20 % des diplômés de l’EEE sont encore aux Pays-Bas cinq ans plus tard ;
- la proportion atteint environ 39 % pour les diplômés hors EEE.
Parmi les diplômés internationaux qui restent dans le pays, environ 80 % occupent un emploi rémunéré.
Autrement dit, les étudiants internationaux qui quittent immédiatement les Pays-Bas après leurs études génèrent évidemment beaucoup moins de recettes fiscales futures que ceux qui s’intègrent durablement au marché du travail néerlandais.
Les diplômés étrangers restent davantage qu’auparavant
Ce point est particulièrement important dans la nouvelle analyse.
Les cohortes récentes de diplômés internationaux ont tendance à présenter des taux de maintien aux Pays-Bas plus élevés que les générations précédentes. Cette évolution augmente mécaniquement leur contribution attendue aux finances publiques.
Le phénomène se combine avec un autre changement : l’accès au marché du travail néerlandais des diplômés internationaux s’est amélioré au cours de la dernière décennie.
Pour les étudiants non européens, les Pays-Bas disposent notamment de l’orientation year permit — ou zoekjaar hoogopgeleiden — qui permet à certains diplômés de rester dans le pays pendant une période pouvant aller jusqu’à un an afin de chercher un emploi ou de créer une entreprise.
Une fois embauchés, certains peuvent ensuite passer vers un permis de séjour en tant que highly skilled migrant, avec des seuils salariaux particuliers lorsqu’ils sont encore éligibles au régime applicable aux jeunes diplômés.
129 764 étudiants internationaux aux Pays-Bas en 2025-2026
Selon les nouvelles données de Nuffic, 129 764 étudiants internationaux étaient inscrits en Bachelor ou en Master dans les universités de recherche et universités de sciences appliquées publiques néerlandaises au cours de l’année universitaire 2025-2026.
Ils représentaient environ 17 % de l’ensemble des étudiants du supérieur concerné.
La proportion est beaucoup plus élevée dans les universités de recherche :
- 27 % des étudiants universitaires étaient internationaux ;
- contre environ 9 % dans les universités de sciences appliquées.
Parmi l’ensemble des étudiants internationaux, environ 72 % venaient de l’EEE et 28 % de pays hors EEE.
Le nombre de nouvelles inscriptions internationales a toutefois commencé à ralentir. Les projections officielles du ministère néerlandais de l’Éducation indiquent également une progression future plus modérée qu’anticipé auparavant.
Un résultat qui intervient en plein débat sur la limitation des étudiants étrangers
Ces chiffres ont une portée politique particulière.
Les Pays-Bas débattent depuis plusieurs années d’une réduction ou d’un meilleur contrôle de l’internationalisation de leurs universités. Les inquiétudes portent notamment sur :
- la pénurie de logements étudiants ;
- la pression sur certaines formations très demandées ;
- la diminution du néerlandais comme langue d’enseignement ;
- les dépenses publiques liées aux étudiants européens ;
- la capacité des universités à absorber une croissance continue des effectifs.
Le gouvernement ne prévoit cependant plus simplement une réduction uniforme de tous les étudiants étrangers.
Dans les accords conclus en juillet 2026 entre le ministère de l’Éducation et les organisations représentant les universités et les hautes écoles, l’objectif est désormais davantage celui d’une « entrée maîtrisée et ciblée ».
Les établissements doivent notamment concentrer davantage le recrutement international sur les régions et les secteurs confrontés à des pénuries de main-d’œuvre.
Le gouvernement veut attirer les étudiants dans les secteurs en pénurie
Le raisonnement économique du CPB rejoint directement cette stratégie.
Les Pays-Bas connaissent des pénuries persistantes de travailleurs qualifiés dans plusieurs domaines, notamment :
- l’ingénierie ;
- les technologies ;
- les TIC ;
- la santé ;
- l’éducation ;
- certaines sciences techniques et naturelles.
Les étudiants internationaux jouent déjà un rôle important dans plusieurs de ces filières.
Nuffic constate notamment que le nombre d’étudiants néerlandais entrant dans certaines formations d’ingénierie est en baisse depuis plusieurs années, alors que les inscriptions internationales progressent. À l’université, le nombre d’étudiants internationaux entrant dans les disciplines techniques a encore augmenté récemment.
Le gouvernement néerlandais souhaite donc préserver la possibilité de recruter à l’étranger lorsqu’il existe un besoin économique ou régional clairement identifié.
Le programme gouvernemental 2026-2030 cite explicitement des écosystèmes tels que Brainport Eindhoven, Wageningen Food Valley et le Novio Tech Campus de Nimègue, pour lesquels l’accès aux talents internationaux est considéré comme nécessaire.
Réduire le nombre d’étudiants étrangers peut aussi avoir un coût économique
Le nouveau travail du CPB ne signifie pas que chaque étudiant international produit automatiquement un gain économique identique. Le résultat dépend fortement de son parcours, de son niveau d’études et surtout de sa décision de rester ou non aux Pays-Bas après son diplôme.
Mais d’autres travaux économiques convergent sur un point : une baisse importante du nombre d’étudiants internationaux peut entraîner des pertes ailleurs dans l’économie.
Une étude de SEO Economisch Onderzoek publiée en 2025 sur cinq grandes universités de la région de la Randstad estimait qu’une réduction de l’internationalisation pourrait entraîner une perte cumulée de 3,9 à 4,8 milliards d’euros de PIB sur la vie professionnelle d’une seule cohorte d’étudiants.
Cette estimation ne mesure pas exactement la même chose que le solde budgétaire du CPB : le PIB mesure l’activité économique générée dans le pays, alors que le CPB s’intéresse ici principalement aux recettes et dépenses de l’État.
Le logement reste le principal point de tension
Le résultat positif pour les finances publiques n’efface pas les coûts non budgétaires liés à l’internationalisation.
Le logement reste notamment une difficulté majeure. Les étudiants étrangers ont généralement moins de possibilités que les étudiants néerlandais de rester chez leurs parents pendant leurs études et dépendent donc davantage du marché locatif dans les villes universitaires.
Selon les dernières données gouvernementales, la pénurie de logements étudiants s’est récemment réduite, mais elle reste importante. Le gouvernement néerlandais estimait début septembre 2026 le déficit à environ 20 200 logements étudiants, malgré la création de près de 5 000 nouvelles places en 2025.
Les autorités continuent donc à considérer que les avantages économiques des étudiants internationaux doivent être mis en balance avec les capacités réelles des universités et des villes à les accueillir.
Ce que cette étude change pour les futurs étudiants internationaux
La publication ne modifie directement aucune condition d’admission, de visa ou de frais de scolarité.
Elle apporte toutefois un élément important au débat sur l’avenir des études internationales aux Pays-Bas : les étudiants étrangers ne constituent pas, en moyenne, une charge nette pour le budget de l’État sur le long terme.
Cette conclusion est particulièrement forte pour les étudiants hors EEE, qui financent généralement eux-mêmes une plus grande partie de leur formation et présentent également un taux de maintien dans le pays relativement élevé après leur diplôme.
Pour les candidats internationaux, la tendance politique néerlandaise reste néanmoins celle d’une internationalisation plus sélective plutôt que d’un retour à une croissance sans limite. Les formations en anglais pourraient être davantage encadrées dans certains domaines, tandis que les secteurs techniques, scientifiques et les régions connaissant des pénuries de compétences devraient conserver davantage de possibilités de recrutement international.
Le nouveau bilan publié le 4 septembre 2026 par Nuffic confirme ainsi une distinction essentielle : les étudiants internationaux peuvent entraîner des coûts immédiats pour l’enseignement supérieur et le logement, tout en générant simultanément un bénéfice net substantiel pour les finances publiques et l’économie néerlandaise à long terme.





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